Le crachat du skinhead n’atteint pas le rocker qui passe

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Georges, notre guitariste, était dans une école et dans sa classe, il y avait plusieurs musiciens. Ils ont décidé d’organiser un concert avec leur groupe respectif. 

 

C’était en avril 1983 au Ballroom de l’Ancienne Belgique. 

 

 

Flowers of Throe commence la soirée. C’est de la bonne new wave sophistiquée, basse, batterie, guitare. 

 

Il y a du monde. Le public est assez varié mais il y a des gars qui s’agitent un peu. 

Ensuite c’est le tour de Fast Delights. Je ne les connaissais pas mais je commence à comprendre pourquoi le public est assez chaud et pourquoi c’était pas une bonne idée pour nous de jouer en dernier. Ils avaient déjà pas mal de fans et ça déménage solidement. Un mélange de punk et de rock’n’roll. Le guitariste du groupe peu après fera partie de La Muerte.

Dans l’assistance, Il y a des rockers, des punks, des teddys, des skinheads, des new wave, un peu de tout, ce qui à l’époque n’est pas sans faire d’étincelles. Et ça se frictionne pas mal. 

Alors quand on commence, quand la boîte à rythme balance le preset 16 beat, ça ne passe pas très bien dans la salle surchauffée du Ballroom. Après le deuxième morceau, un gars avec une belle banane demande qu’on joue be-bop-a-lula . Yves répond dans la foulée qu’on va donc jouer be-bop-a-lula. Mais c’est une sorte de funk déglingué qui sort de la sono. Un type monte sur scène et s’en prend à Yves. Ils se battent. On s’arrête de jouer. Le gars descend mais on a pas l’occasion de continuer. Ca bastonne un peu partout dans la salle et ça crache de partout dans notre direction. Un teddy boy monte sur scène et prend le micro. Il dit alors avec un bel accent bruxellois un truc du genre: “pour l’amour du rock, arrêtez” mais évidemment ça reprend de plus belle. On remballe le matériel en vitesse, je jette un coup d’oeil vers la salle et ça se bat vraiment sauvagement un peu partout. On quitte la salle dare-dare.

Les lumières se rallument, c’est un beau chaos.

Mais la soirée n’est pas finie.

On a pas le temps de tout mettre dans la voiture que des gars se rappliquent; ils viennent spécialement pour nous. Ce sont des skins. J’ai juste le temps de fermer la bagnole et je me fais courser par deux beaux spécimen sur le boulevard Anspach; je bats le record du monde du cent mètres. 

On se retrouve peu après dans une rue adjacente. Yves s’est fait latter. Il a la figure bien tuméfiée.

Pendant le concert dans la salle, il y avait un jeune journaliste qui travaillait depuis peu de temps au journal Le Soir. Il s’appelle Thierry Coljon. Le lundi dans son journal, il écrit un article sur cette soirée particulière. Ca s’appelle: 

Le crachat du skinhead n’atteint pas le rocker qui passe.

 

Un morceau de répétition, le premier où je chante pendant que Yves murmure Love en boucle:

Speak to me of love

 


_Speak_to_me_of_love_mp3.mp3

 

 

 

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1 Response to Le crachat du skinhead n’atteint pas le rocker qui passe

  1. pth says:

    C’est comme si on y était, je suis définitivement né trop tard ! Vivement la suite…

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